Pluralité épistémique
La pluralité épistémique part du postulat de la pluralité des modes de connaissance et de la diversité des modes d'approche du réel selon les civilisations et les époques, ainsi que de la relativité gnoséologique et épistémique. Elle désigne la coexistence de plusieurs manières de connaître, d’interpréter le réel et de produire des savoirs. Elle repose sur l’idée que les connaissances humaines ne relèvent pas d’un modèle unique de rationalité, mais s’inscrivent dans une diversité de contextes historiques, culturels, sociaux et linguistiques. L'enjeu est de pouvoir penser l’expérience humaine, en reconnaissant l'égalité de principe des différents modes de connaissance.
La pluralité épistémique met en avant la reconnaissance de multiples systèmes de savoirs, qu’ils soient scientifiques, pratiques, autochtones ou populaires. Dans les sciences humaines et sociales, elle s’inscrit dans la critique des formes de domination intellectuelle qui ont historiquement marginalisé certaines traditions de connaissance, notamment celles issues des sociétés non occidentales. Elle invite à penser les savoirs comme situés et trans-situés, produits dans des contextes donnés et liés à des rapports de pouvoir. En ce sens, elle ne désigne pas seulement une pluralité de connaissances, mais ouvre à une réflexion sur les conditions de leur reconnaissance, de leur légitimité et de leur mise en dialogue. La pluralité épistémique est souvent mobilisée dans les débats liés à la critique de l’universalisme épistémique et à la valorisation de connaissances historiquement marginalisées. Elle amène à penser l’articulation d’espaces transépistémiques qui permettent la rencontre et l’interfécondation des savoirs. Ces savoirs pluriels sont pensés à la Pluriversité Africaine des Savoirs dans la perspective d’une recherche-action-création qui met les savoirs au service de l’émancipation des individus et des corps collectifs. La pluralité épistémique ouvre également une réflexion sur la communicabilité des différents savoirs, leur non-fragmentation et parfois leur incommensurabilité. Elle permet aussi de penser des écologies des savoirs ou ceux-ci émergent, s’affinent et s’interfécondent, ainsi que les mécanismes institutionnels qui permettent de stabiliser des pratiques et des formes de vie.
[1] Boaventura De Sousa Santos, Épistémologies du Sud : Mouvements citoyens et polémique sur la science, DESCLÉE DE BROUWER, 2016.